Maison fissurée en zone argileuse — classes moyennes et RGA
Chiffres & données28 mai 2026

Le RGA frappe les classes moyennes — et le système leur fait payer plus

80 % des maisons exposées au retrait-gonflement des argiles sont des résidences principales occupées par leurs propriétaires. Selon les travaux du World Inequality Lab, les 10 % les plus pauvres paient trois fois plus en proportion de leurs revenus pour financer le régime CatNat que les 10 % les plus riches. Une injustice structurelle documentée.

Source : Thomas Bézy, World Inequality Lab — Paris School of Economics — L'Argus de l'Assurance, mai 2026

Une surprime uniforme sur des revenus très inégaux

Le régime des catastrophes naturelles repose depuis 1982 sur un principe de solidarité nationale. Tous les assurés paient une surprime obligatoire, aujourd'hui fixée à 20 % de la prime multirisque habitation. Cette surprime est uniforme : elle ne dépend ni de vos revenus, ni de votre niveau réel d'exposition au risque.

Thomas Bézy, doctorant à la Paris School of Economics et auteur d'une étude du World Inequality Lab consacrée aux inégalités face aux catastrophes naturelles, a documenté ce que cette uniformité implique en pratique : « Les 10 % les plus pauvres paient environ trois fois plus en proportion de leur revenu que les 10 % les plus riches. »

Ce n'est pas un jugement de valeur — c'est une arithmétique simple. Une surprime annuelle de 40 euros représente une charge très différente selon que l'on gagne 15 000 euros par an ou 150 000 euros par an. Et ce sont les ménages les plus modestes qui, proportionnellement, financent le plus le système — tout en étant souvent les moins bien couverts par lui.

Qui finance vraiment le régime CatNat ?

Part de la surprime CatNat en proportion du revenu annuel (estimation)

10 % les plus pauvres
≈ 0,45 % du revenu
Classes populaires
≈ 0,30 % du revenu
Classes moyennes
≈ 0,20 % du revenu
Classes supérieures
≈ 0,18 % du revenu
10 % les plus riches
≈ 0,15 % du revenu

Source : Estimation d'après les travaux de Thomas Bézy, World Inequality Lab (2025)

Note : La surprime CatNat est uniforme en euros absolus — son poids relatif est donc mécaniquement plus élevé pour les ménages modestes.

Le paradoxe : les plus contributeurs sont les moins indemnisés

L'injustice ne s'arrête pas au financement. Elle se prolonge dans l'accès à l'indemnisation.

Le taux de reconnaissance CatNat varie fortement selon les territoires. Les communes rurales, où les maisons individuelles — souvent plus anciennes, plus vulnérables, construites sans études géotechniques — sont prédominantes, obtiennent parfois moins facilement la reconnaissance que des communes périurbaines mieux documentées administrativement.

Par ailleurs, la capacité à constituer un dossier solide, à faire appel d'un refus, à mandater un expert indépendant, n'est pas également répartie. Les propriétaires disposant de moins de ressources et de réseaux ont statistiquement moins de chances de franchir avec succès les étapes du processus d'indemnisation.

Résultat : une partie des ménages qui contribuent le plus au régime en proportion de leurs revenus sont également ceux qui en bénéficient le moins — et qui subissent le plus durement les conséquences financières des sinistres non indemnisés.

80 % des maisons exposées sont des résidences principales

L'autre dimension de cette inégalité concerne la nature des biens exposés. Les travaux de Thomas Bézy montrent que 80 % des logements exposés au retrait-gonflement des argiles sont des résidences principales occupées par leurs propriétaires. Ce ne sont pas des investissements locatifs, pas des résidences secondaires : ce sont des maisons dans lesquelles des familles vivent, et souvent le seul patrimoine qu'elles possèdent.

Ce profil contraste avec celui des zones inondables, où les résidences secondaires et les biens détenus à titre d'investissement sont plus représentés. Pour un propriétaire occupant en zone argileuse, un sinistre RGA non indemnisé n'est pas une perte patrimoniale parmi d'autres — c'est la dévaluation de l'intégralité de son capital.

80 %

Résidences principales

Propriétaires occupants, souvent classes moyennes

20 %

Résidences secondaires & investisseurs

Ménages généralement plus aisés

À l'inverse, les zones inondables concentrent davantage de résidences secondaires et de patrimoines détenus par des ménages plus aisés. Source : World Inequality Lab

« Ce sont souvent des personnes avec peu ou pas d'autre patrimoine que leur logement principal. Tout leur capital immobilier est dévalorisé du jour au lendemain. »

— Thomas Bézy, World Inequality Lab

12,1 millions de maisons — et le chiffre continue d'augmenter

En janvier 2026, le ministère de la Transition écologique a mis à jour la carte nationale d'exposition au retrait-gonflement des argiles. Le résultat est frappant : 12,1 millions de maisons individuelles existantes sont désormais situées en zones d'exposition moyenne et forte, soit 61,5 % du parc.

Ce chiffre représente une augmentation significative par rapport aux cartographies précédentes. Des millions de propriétaires qui se croyaient hors zone de risque ont découvert que leur maison se trouvait désormais en zone d'exposition moyenne. Parmi eux, une majorité sont des propriétaires occupants de classes moyennes et populaires — exactement le profil qui contribue le plus au système et qui en bénéficie le moins.

12,1 M

maisons en zone à risque moyen ou fort

61,5 %

du parc de maisons individuelles exposé

24 000 €

coût moyen d'un sinistre sécheresse (2× inondation)

Que faire quand le système ne protège pas ?

Thomas Bézy formule clairement la question collective : « Est-ce qu'on est prêt collectivement à être solidaires avec les victimes de la sécheresse ? Si oui, il existe plusieurs moyens d'y parvenir, comme augmenter les montants remboursés par la CCR ou mettre en place un système qui éviterait de faire peser le poids de ces dépenses sur les ménages les plus précaires. »

Cette question politique n'a pas de réponse immédiate. Les arbitrages budgétaires, les réformes législatives, les décisions assurantielles prennent du temps.

En attendant, la seule protection qui ne dépend ni de la reconnaissance CatNat, ni du niveau de revenus, ni de la capacité à constituer un dossier d'indemnisation, c'est la prévention structurelle. Un système de régulation de l'humidité du sol installé sur des fondations encore saines coûte entre 2 000 et 8 000 euros — une fraction du coût d'un sinistre non indemnisé, et un investissement qui préserve la valeur du bien indépendamment des décisions administratives.

« Le financement du système repose sur des surprimes CatNat régressives qui pèsent plus sur les ménages défavorisés. Les 10 % les plus pauvres paient environ trois fois plus en proportion de leur revenu que les 10 % les plus riches. »

— Thomas Bézy, World Inequality Lab (2025)

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